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Les parcours sont-ils trop courts?

Par John Gordon
(Michael Schroeder/ Golf Canada)

Dans le monde du golf, on entend de plus en plus parler de « bifurcation », mot qui signifie la division d’une chose en deux parties. Mais ne vous laissez pas tromper par cette simple définition, car il s’agit, au golf, d’un concept de plus en plus controversé qui touche au cœur même du sport tel que nous le connaissons.

Le premier volet du débat actuel sur la bifurcation a trait aux Règles du golf. Devait-il y avoir un ensemble de règles pour les golfeurs du dimanche et un autre pour les amateurs d’élite et les professionnels?

La deuxième pomme de discorde, qui a semé la panique chez plusieurs de mes collègues des médias golfiques et certains administrateurs du golf, est cette question : les parcours de golf sont-ils trop courts? Devrait-on les allonger à 8 000 verges? Devrait-on ralentir les progrès constants des technologies de balles et de bâtons?

Non. Et non.

Wally Uihlein, qui vient de prendre sa retraite de la direction d’Acushnet, fabricant des bâtons et balles Titleist, est le porte-étendard du mouvement en faveur de l’unification.

Dans un blogue publié en 2013, il s’était déjà attaqué au concept des deux ensembles de règles distinctes. Uihlein y réfutait les trois principaux arguments avancés par les défenseurs de la bifurcation :

Le golf professionnel d’aujourd’hui ne reflète pas le golf amateur d’aujourd’hui; la participation au golf a évolué et l’adoption de règles différentes permettrait au sport de renouveler le bassin de nouveaux participants; les golfeurs veulent simplement s’amuser, ils ne jouent pas selon les règles et l’adoption officielle d’ensembles de règles différents ne ferait que valider une réalité déjà existante.

À cela, sa réponse se résume en quelques mots, à savoir que les amateurs s’amusent à essayer d’imiter leurs idoles professionnelles, peu importent les écarts d’habiletés, les fluctuations de la participation au golf sont davantage attribuables à la démographie qu’aux règles, et « si les golfeurs ne respectent pas l’ensemble de règles qui existe aujourd’hui, pourquoi aurait-on besoin de deux ensembles de règles? »

Pour ce qui est du deuxième volet de ce débat sur la bifurcation – l’impact de la technologie – Uihlein en a parlé l’automne dernier, cette fois en réaction aux commentaires voulant que la technologie rende le golf plus onéreux pour tous car elle oblige les parcours à s’allonger de plus en plus pour résister aux assauts sur la normale. Dans une lettre publiée en novembre dans le Wall Street Journal il posait cette question : « Existe-t-il des preuves à l’appui de ce ragot, de cette affirmation qu’un effet d’entraînement s’exerce sur les coûts. Où sont les preuves que les coûts d’exploitation des terrains de golf sont partout à la hausse à cause des progrès technologiques de l’équipement? »

On ne peut pas nier que les pros de circuit frappent leurs balles plus loin chaque année, quoique marginalement, mais cela n’a pas provoqué de crise chez les golfeurs du dimanche. Qui donc, parmi nous, s’est déjà exclamé « Voyons! Je frappe mes balles bien trop loin de ce temps-ci! »?

Cela dit, cet argument trompeur a refait surface quand Dustin Johnson a frappé un coup de départ de 433 verges jusqu’à quelques pouces de la coupe sur une normale 4 à Hawaii il y a quelques semaines. (Bien que Johnson affiche une moyenne de 333 verges par coup de départ mesuré, il faut souligner que ce jour-là, il avait un vent de dos de 48 km/h pour un trou situé en contrebas, au bout d’une allée ferme et rapide.)

Le golfeur classé au premier rang mondial a même minimisé la prétendue crise : « Ce n’est pas comme si nous dominions les parcours de golf, a-t-il dit. Je ne comprends vraiment pas pourquoi il y a un tel débat, car peu importe la distance atteinte, le but est de mettre la balle dans le trou. »

En effet, même si la technologie a son importance, de nombreux autres facteurs comme la forme physique et les conditions de parcours influencent la longueur de coup des golfeurs d’élite. Malgré cette évidence, il y en a qui, dans les hautes sphères golfiques, estiment qu’une balle normalisée, à distance réduite, devrait être imposée à tous les tournois du PGA TOUR parce que certains des parcours classiques ont été rendus « caducs » par les longs cogneurs du circuit. Bien que cela protégerait effectivement le concept artificiel de « normale », la valeur du divertissement qu’offre le golf professionnel en serait grandement diminuée. Qui n’a pas été ébloui par le coup de 433 verges de DJ?

Adam Helmer est directeur des règles, des compétitions et du statut d’amateur à Golf Canada. Son opinion est que la bifurcation « n’est pas la bonne réponse, à ce moment-ci; le monde du golf doit continuer d’évaluer les tendances et d’évoluer avec les progrès dans notre sport. » Il fait remarquer par exemple qu’à compter du 1er janvier 2019, des changements profonds aux Règles du golf prendront effet. De plus, les appareils de mesure des distances sont autorisés aux plus hauts niveaux du golf amateur, mais ne sont pas permis sur la plupart des circuits professionnels. Et les comités de tournois ont le droit d’établir des conditions de compétition particulières et d’instaurer des règles locales pour rendre les tournois plus équitables.

Moins de 0,1 % des 61 millions de golfeurs de la planète sont des professionnels. Que ces derniers soient les déclencheurs de cette tornade autour de la bifurcation, c’est à mon avis un cas de très petite queue remuant un très gros chien.

Cliquez ici pour en savoir plus sur les changements à venir aux Règles du golf.

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