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Les fabuleux Thompson

Par Rick Young
(Golf Canada)

Le légendaire concepteur de parcours Stanley est le plus célébré, mais ses quatre frères ont tous partagé la passion du golf.


Stanley Thompson est une véritable institution du golf, tout le monde s’entend là-dessus. Le célèbre concepteur de parcours est pour le golf au Canada ce que sont Harry Colt au Royaume-Uni, Donald Ross et Alistair Mackenzie aux États-Unis : la référence de base, le standard d’évaluation des terrains de golf classiques et même modernes.

En tant qu’immortel de l’architecture de golf, Thompson jouit d’un statut particulier. Révéré, il trône au-dessus de la mêlée. Au cours de son illustre carrière, en plus de trois décennies, il a conçu ou contribué à la construction de plus de 145 terrains de golf, dont certains des meilleurs au pays : Capilano, St. George’s, Cape Breton Highlands, Fairmont Jasper Park Lodge et Fairmont Banff Springs, entre autres parcours de choix.

Cofondateur avec Ross de l’American Society of Golf Course Architects (ASGCA), Thompson a enseigné son art à Robert Trent Jones, Robbie Robinson, Howard Watson et Geoff Cornish qui ont tous retransmis la vision de leur maître aux générations suivantes d’architectes canadiens comme Doug Carrick, Thomas McBroom, Graham Cooke et Les Furber.

Celui qu’on appelait « la Terreur de Toronto » a été honoré au-delà de la sphère golfique. Intronisé au Temple de la renommée du golf canadien en 1980, Thompson a été nommé Personnage d’importance historique nationale par la Commission des lieux et monuments historiques du Canada en 2005. Et il y a deux ans, soit plus de 60 ans après son décès, il est entré au Panthéon des sports canadiens.

Autre fait saillant de sa célèbre carrière, Stanley était l’un des cinq membres des « Fabuleux Thompson » aux côtés des ses frères Nicol, Mathew, Bill et Frank.

On pourrait qualifier les Thompson de famille royale du golf canadien. Ils dominaient la scène golfique au début des années 1920, quand Nicol et Mathew menaient la charge en tant que professionnels, suivis de Bill, Stanley et Frank, amateurs primés.

« Ils étaient tous d’excellents golfeurs, très talentueux, souligne le petit-fils de Nicol, Stan Thompson. Il ne fallait pas les sous-estimer. Mon grand-père, professionnel en titre du Hamilton Golf & Country Club pendant de nombreuses années, a tenu la tête des deux premières rondes de l’Omnium canadien disputé là en 1930. Il s’était auparavant classé deuxième à la finale de l’Omnium en 1913 et avait remporté le Championnat de la PGA du Canada en 1922. Ses frères Frank et Bill connaissaient aussi beaucoup de succès, se partageant trois titres au Championnat canadien amateur. Frank a également remporté le Florida Winter Amateur et, une fois, il a défait Bobby Jones en match. Il leur arrivait souvent de partir ensemble en tournée. Quand ils débarquaient à un tournoi, on se demandait lequel serait deuxième. Les cinq frères étaient avant tout des golfeurs. »

Issus de la classe ouvrière, les Thompson ont découvert le golf en étant cadets, bien sûr. Ils ont tous travaillé au Toronto Golf Club et appris les subtilités du sport auprès du légendaire pro George Cumming, qui allait plus tard se joindre à Nicol pour créer la première incarnation de l’entreprise de conception de parcours de la famille Thompson. Au club de Toronto, les garçons étaient entourés de grands maîtres, les champions canadiens Karl Keffer, Albert Murray et Charles Murray étant tous membres.

« L’influence du Toronto Golf Club fut fondamentale dans leurs carrières, note Matt Thompson, petit-fils de Mathew. Les contacts, les amitiés qu’ils ont tissées avec certains des plus grands golfeurs de l’époque comme Bobby Jones, tout ça a été très important. Je pense que cela a joué un rôle déterminant dans leurs succès au golf. Plus je creuse notre histoire familiale, plus je la trouve intéressante. »

Même les femmes du clan Thompson – la mère, Jeannie, et les sœurs Marion, Betty, Isobel et Jean – ont été mêlées au golf. Selon le site Web de la Thompson Society, Betty était le génie financier de la famille et pendant des années, elle s’est occupée de la comptabilité de l’entreprise familiale.

« Elle était brillante, dit son neveu Stan. Mais aussi, les filles Thompson s’amusaient bien. Elles aimaient toutes faire la fête. »

D’abord golfeurs de talent, les frères Thompson se sont intéressés à l’architecture de parcours très tôt. Influencés par l’aménagement du terrain de Toronto créé par Colt, ils ont appris le métier en collaborant à la construction du Rye Field, un petit parcours familial de six trous non loin de là. Humble début de ce qui allait devenir une entreprise florissante, tant à l’échelle nationale qu’internationale.

Malheureusement, ce chapitre de la saga est obscurci par le décès du patriarche, James Thompson. Après la mort de leur père, l’aîné, Nicol, convoqua une réunion de famille où il fut décidé que Stanley, à peine rentré de la Première Guerre mondiale, prendrait les rênes de la compagnie d’architecture Thompson. Les autres garçons poursuivraient, chacun à sa manière, leur carrière dans le monde du golf.

« Ils travaillaient ensemble, tant sur le parcours qu’à l’extérieur, ajoute Stan, mais ce qui me fascine, c’est que Stanley a été désigné comme concepteur de parcours attitré de l’entreprise. C’était sa vocation, et ses frères le savaient. Mon grand-père se considérait professionnel de golf avant tout, Mathew aussi. Cela tombait sous le sens que Stanley assume ce rôle. »

Le légendaire concepteur de parcours Stanley est le plus célébré, mais ses quatre frères ont tous partagé la passion du golf.

Au fil des ans, ce choix allait se trouver amplement validé. Le premier design solo de Stanley Thompson, celui du Muskoka Lakes Golf & Country Club, reçut des éloges. Ayant fondé sa propre entreprise en 1922, la Stanley Thompson & Co. Limited, il devint rapidement l’incontournable de l’architecture de parcours au Canada. Avant la fin de la décennie, sa réputation enviable s’était cimentée avec la réalisation du Jasper Park Lodge et du Banff Springs en Alberta, ainsi que du St. George’s à Toronto.

Les affaires continuant de prospérer, les autres frères furent souvent appelés à donner un coup de main. Nicol était déjà réputé pour son importante contribution à la conception des deux parcours du Chedoke Golf Club de Hamilton, et de ceux du Midland Golf & Country Club, du Brantford Golf & Country Club et de l’Owen Sound Golf & Country Club (rebaptisé Legacy Ridge). Il avait aussi travaillé à l’aménagement de golfs dans la région du Niagara, ce qui occasionnera plus tard des débats et des recherches sur lequel des frères Thompson a conçu quel parcours.

« Je pense que c’est un peu leur faute, affirme Stan. Comme golfeurs, ils ne se mettaient pas de l’avant et mon grand-père ne faisait certainement pas son autopromotion à titre de concepteur de parcours. Ça lui importait peu. Il ne voulait être reconnu que comme pro de club. »

Aujourd’hui, le golf reste très présent dans la vie des nouvelles générations Thompson. Certains membres de la famille jouent mieux que d’autres, mais la passion les habite tous.

« Mon père, Nicol le jeune, a remporté le Championnat junior d’Ontario en 1925 et 1926, ajoute Stan. J’ai plus de 70 ans et je joue encore, mais je suis loin d’avoir le talent de mes aïeux. Ce dont nous avons presque tous hérité, dans la famille, c’est l’amour du golf. »

Dans l’univers du golf contemporain, le nom Thompson demeure éminent, surtout grâce à la Stanley Thompson Society, une organisation fondée en 1998 par le regretté Bill Newton, cousin de Matt et Stan. Sa mission est d’assurer la conservation des parcours Thompson classiques par le biais de l’éducation et de la sensibilisation.

« Matt et moi, on se dit qu’on aurait aimé les entendre davantage raconter des anecdotes, quand on était jeunes, mais impossible de revenir en arrière, conclut Stan. Ce qu’on peut faire, cependant, c’est célébrer la place qu’ils occupent dans l’histoire du golf canadien. Comme descendants, on est heureux de voir l’attention que continue d’attirer le nom Thompson. Je pense qu’ils en seraient tous fiers. »


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Cet article a été publié dans l’édition Familles au jeu du magazine Golf Canada. Pour lire l’article dans le format original, cliquez sur l’image.

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