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Les espoirs de Grace

Par Adam Stanley/ Golf Canada
(Golf Canada)

Le soleil darde de ses derniers rayons le club de golf LPGA International de Daytona Beach, en Floride, et les golfeurs collégiaux terminent leur entraînement de la journée. Les jeunes athlètes s’éloignent du vert d’exercice pour rentrer à leur résidence ou encore, parce que c’est lundi et que les ailes de poulet y sont en spécial, pour aller chez Houligan, un bar sportif voisin du Daytona International Speedway.

Grace St-Germain n’est pas de ceux-là.

Elle reste sur le vert d’exercice, à frapper quelques roulés en tâchant d’éloigner les moustiques qui sortent en masse dès que le soleil se couche. Elle salue d’un grand sourire le journaliste qui l’observe.

Une bestiole se pose sur son bras gauche et, en la faisant fuir, la golfeuse dévoile un tatouage sous la lumière crue des projecteurs qui éclairent le stationnement où l’attendent ses coéquipiers.

Sur son bras, on peut lire sa devise tatouée en cursives : « Je crois que de bonnes choses s’en viennent. »

« Peu importe ce qu’on traverse, il y a toujours de bonnes choses qui s’en viennent, dit-elle. Si on frappe un mauvais trou, ce n’est pas grave, ça ira mieux plus tard. »

Après un an au sein d’Équipe Ontario et deux dans la formation de développement de Golf Canada, St-Germain a été admise cette saison dans la formation nationale amateur féminine.

En première année au collège préuniversitaire Daytona State, l’athlète de 18 ans a déjà obtenu son admission à l’Université d’Arkansas pour l’automne 2018 grâce à ses accomplissements sur la scène internationale du golf.

C’est à 16 ans qu’elle a décidé d’inscrire en permanence ces mots de motivation sur son bras, avec le consentement de ses parents, bien sûr.

« Grace est une vieille âme. Quoi qu’elle veuille faire, elle le mûrit bien avant d’agir, dit sa mère Kathy. J’aimais bien que cela ait du sens pour sa vie et aussi pour le golf. On s’est entendues pour qu’elle l’écrive d’abord au stylo sur son bras puis, si elle aimait toujours ça au bout d’un mois, on irait la faire tatouer. Cette devise résume la personnalité de Grace et j’avoue que j’aime la voir sur elle. »

Mais Kathy St-Germain ne sait toujours pas d’où est venu à sa fille son talent de golfeuse. Elle-même ne joue pas et son mari ne va au golf qu’une fois par été.

Ce sont peut-être les grands-parents de Grace qui l’ont inspirée, car ils dirigeaient le programme junior au Hylands Golf Club – hôte de l’Omnium de la Capitale nationale en appui à nos troupes dans le cadre du Circuit Mackenzie-PGA Tour Canada – et encourageaient tous leurs petits-enfants à jouer.

« Un membre du club nous a dit que Grace devrait s’inscrire à des tournois et on se demandait pourquoi, ajoute Kathy en riant. Les gens disaient qu’elle avait un bel élan et on pensait qu’elle faisait ça seulement pour s’amuser, qu’elle avait choisi un sport qu’elle pourrait pratiquer toute sa vie. On ne savait pas où ça allait la mener. »

La jeune fille est la seule des petits-enfants de la famille qui a persisté dans le programme de golf junior après ses débuts à sept ans.

« Je ne pouvais pas jouer sur le parcours avant d’avoir huit ans, raconte St-Germain, alors je m’amusais sur le terrain d’exercice. Je voulais m’améliorer continuellement jusqu’à ce que je puisse jouer le grand parcours. C’est ce qui m’a donné la piqûre du golf. »

Fille unique, St-Germain a d’abord pratiqué le patinage artistique. À son avis, la dimension individualiste du patinage l’aide maintenant sur les parcours de golf.

« Je dois y consacrer tous mes efforts, je n’ai pas d’équipe pour me soutenir, explique-t-elle. Je dois faire tout le travail par moi-même, et le patinage artistique m’a appris à m’exécuter devant des spectateurs. J’ai commencé à patiner à quatre ans et je suis habituée au public. »

Même s’ils ont vu Grace grandir comme athlète, Kathy admet qu’elle et son mari ne comprennent toujours pas comment elle réussit si bien sur les terrains de golf.

« Ça nous étonne encore, avoue Kathy. On va la voir jouer et on aime tellement ça. Tant qu’elle est heureuse, on ne s’arrête jamais pour se demander où ça mène. Quand elle a remporté le Championnat amateur féminin d’Ontario en 2016, on savait qu’elle pouvait le faire. Et pourtant, on se pinçait pour y croire, après. »

Kathy estime que la participation de Grace au programme de Golf Canada est « la meilleure chose qui lui soit arrivée » et la golfeuse elle-même souligne que l’appui d’Ann Carroll, responsable de la formation de développement, l’a beaucoup aidée à progresser comme golfeuse, tant par son rôle de « figure maternelle » que comme « meilleure amie ».

Elle ajoute cependant qu’elle est très excitée d’avancer pour travailler avec Tristan Mullally.

« Je vois beaucoup de potentiel de croissance chez Grace, affirme Mullally, entraîneur-chef de l’Équipe Canada féminine. La stratégie est un des éléments forts de son jeu. Il lui reste encore quelques améliorations techniques à intégrer, mais c’est déjà formidable de la voir si bien jouer et réaliser de si bons scores, même si elle peut encore se perfectionner. Elle peut devenir bien meilleure, elle a beaucoup d’éléments positifs à développer. »

Originaire d’Ottawa, St-Germain reconnaît que l’exemple de Brooke Henderson, héroïne de la ville voisine de Smiths Falls, la motive aussi beaucoup.

« Je veux atteindre ce niveau, dit-elle. De voir une fille de ma région obtenir un tel succès, c’est super! »

« Avec Henderson et tous les autres Canadiens qui réussissent si bien, la porte s’est ouverte, renchérit Mullally. Ça familiarise les athlètes avec le niveau de jeu à maîtriser pour connaître le succès. Ce sont des gars et des filles d’ici qu’on peut admirer et qui servent de modèles. »

Bien qu’elle n’ait pas encore participé à un tournoi professionnel, St-Germain se dit prête à le faire : « Si on m’invite ou si je me qualifie, ce sera une belle expérience. »

Déjà, en ce début de 2017, elle a une victoire à son actif, ayant remporté le Championnat amateur du Mexique par équipe en compagnie de Maddie Szeryk d’Équipe Canada. Elle a en outre terminé troisième en compétition individuelle.

Le soleil de Floride est disparu à l’horizon et une autre journée d’entraînement se termine pour Grace St-Germain. La jeune fille saute dans la voiture de ses coéquipiers pour rentrer à la résidence des étudiants. Demain, elle sera au rendez-vous pour poursuivre ses espoirs.

Car elle sait que de bonnes choses s’en viennent.


Spring_2017_Cover_FRCet article a été publié dans l’édition de avril 2017 du magazine Golf Canada. Pour lire l’article dans le format original, cliquez sur l’image.

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