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Le vieux parcours de Carnoustie accueille cette semaine le 147e Omnium britannique

Par André Rousseau/lescoulissesdusport.ca
Carnoustie, Écosse

Collaboration spéciale d’André Rousseau, lescoulissesdusport.ca

Je ne vivrai pas assez vieux pour oublier mon voyage à Carnoustie à l’été 2007.

Après plusieurs heures d’avion pour atteindre Londres et Édimbourg, j’ai sauté dans un train en direction de Dundee, une vieille ville qui a été le théâtre des premières luttes syndicales au début du XXe siècle. Puis, après avoir repéré ma « maison de pension » pour la semaine, j’ai déposé ma valise et je suis retourné à la gare pour prendre le premier train en direction de Carnoustie.

Une fois rendu à destination, vers 19 heures, j’étais fin seul dans le grand champ qui mène au club de golf. Il faisait un froid de canard et je me demandais comment on avait pu choisir pareil endroit pour tenir le tournoi de golf le plus prestigieux de la planète. J’allais vite comprendre pourquoi dès le lendemain matin.

Si St. Andrews est le berceau du golf, Carnoustie a la réputation d’être le « test ultime » et cette réputation n’est pas surfaite. Oh! que non. Le parcours est unique au monde et les trois derniers trous, à cause du large ruisseau (Barry Burn) qui se tortille comme un serpent diabolique, représentent un défi de tous les instants. Lorsque le vent se lève près de la Mer du Nord, attachez vos tuques!

Le 16e trou est une normale 3 d’environ 245 verges. Avec un vent de face (la plupart du temps), c’est la normale 3 la plus difficile de l’Omnium britannique selon Tom Watson, cinq fois champion de l’épreuve. Il faut ensuite négocier deux normales 4 très exigeantes, en particulier le 18e trou où on a été témoin des pires désastres de l’histoire du golf.

Jean Van de Velde

Évidemment, il est impossible de parler de Carnoustie sans évoquer le nom de Jean Van de Velde, mais il faut aussi parler de Padraig Harrington et de Ben Hogan.

En 1999, Van de Velde avait presque le trophée entre les mains, mais il a joué de malchance en voulant terminer le tournoi avec panache et il a commis un triple-bogey au 72e trou. Il s’est ensuite incliné en prolongation face à Paul Lawrie, un Écossais qui était alors un illustre inconnu.

On a remontré les images à plusieurs reprises sur Golf Channel, la semaine dernière. C’était très intéressant, mais aussi pathétique. Comment peut-on échapper la Claret Jug de façon aussi dramatique?

Il est évident que Van de Velde aurait gagné le tournoi s’il avait fait preuve de prudence au dernier trou. Avec trois bons coups de fer, il aurait facilement atteint le vert, puis il aurait eu droit à deux ou trois coups roulés pour s’assurer la victoire. Au lieu de cela, son deuxième coup a frappé un poteau fer près des estrades populaires et sa balle a rebondi dans l’herbe longue. C’était le début d’un long cauchemar.

«Je persiste à dire que Van de Velde a été très malchanceux, affirme le vétéran Duke Doucet, du club Summerlea. Si sa balle aboutit dans les estrades au lieu de frapper le poteau en question, il a droit à un «drop» et il s’en tire facilement avec un pointage de 4 ou 5. Le reste de l’histoire est à faire pleurer. Les dieux du golf n’étaient pas de son bord et il a perdu».

On parlera encore de cette hécatombe dans 50 ou 100 ans. Au lieu de devenir le premier Français à gagner l’Open de Grande-Bretagne depuis 1907, Van de Velde a été traité, sans doute injustement, de pire «choker» de l’histoire du golf.

En tout cas, il a accepté la défaite en parfait gentilhomme. Sans jamais lever le ton, il a dit: «C’est la vie et je ne peux rien y changer. Carnoustie est une semaine dans ma vie, mais ce n’est pas toute ma vie».

Bien sûr qu’il aimerait voir son nom sur le trophée, mais ce cauchemar en a fait une légende pour le reste de ses jours. Sa défaite, si cruelle soit-elle, a été 100 fois plus médiatisée que la victoire de Lawrie.

Quelques mois plus tard, Van de Velde est retourné sur les «lieux du crime» afin de tourner une pub. Pour Master Card, je pense. En utilisant seulement son fer droit depuis le tertre de départ, il a réussi un double-bogey, en plein ce dont il avait besoin pour gagner le tournoi!

Heureux comme un enfant

Maintenant, si on parlait un peu du tournoi de 2007 et de la victoire de Padraig Harrington. Le vétéran golfeur d’Irlande du Nord a failli lui aussi tout bousiller au 72e trou, mais son double-bogey a suffi pour aller en prolongation avec Sergio Garcia. Il a alors nettement mieux joué que son jeune rival pour se sauver avec les honneurs. J’ai rarement vu un homme plus heureux que lui quand on lui a remis le trophée.

Cette victoire l’a tellement motivé qu’il a récidivé à Royal Birkdale l’année suivante. Il a aussi gagné le championnat de la PGA à Oakland Hills (Détroit) et ses 3 victoires majeures lui vaudront probablement une place au panthéon. Contrairement à Van de Velde, les dieux du golf étaient de son bord. C’est la vie!

P.S. Carnoustie a aussi été le théâtre d’une des plus grandes victoires de Ben Hogan en 1953. Cette année-là, il a gagné trois des quatre épreuves du Grand Chelem et il a été acclamé lors d’un défilé dans les rues de New York. Ils sont encore plusieurs à croire que Ben Hogan est le plus grand golfeur de tous les temps. Allez donc savoir. Ce qui est certain, c’est qu’il était dans une classe à part au début des années 1950. Quand il a dû céder son trône à Arnold Palmer, ça ne faisait pas son affaire. C’est un peu comme Guy Lafleur quand il a été remplacé par Wayne Gretzky.

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